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On a tous des mauvais jours

Il est dimanche soir à l’hotel Keremet d’Aqtau au Kazakhstan, un port isolé construit au milieu du désert par les soviétiques connu pour ses puits de pétrole et ses mines d’uranium. Nos amis Katie et Jeff sont là aussi. Alors que nous leur avions dit aurevoir et pris la route pour la traversée du désert du Mangistau, mon estomac avait d’autres plans. Forcés de retourner en ville pour aller voir le médecin, nous les avons retrouvé ici où ils attendent un colis. Katie doit partir tôt le lendemain pour une visite de mosquée souterraine dans le désert et je suis encore bien malade. Nous laissons donc Adam et Jeff en tête à tête, trop content de pouvoir discuter entre mecs autour d’une bière.

Premier jour à pédaler au Kazakhstan avec Kati et Jeff

Lundi 23 juillet 2017. Il est 5 heure du matin.

La chaleur étant étouffante même la nuit je dors tant bien que mal en sous vêtements avec le ventilateur à quelques mètres de moi. Quelqu’un frappe à la porte et l’ouvre avant que j’ai le temps de comprendre ce qui se passe.  La femme de ménage rentre dans la chambre en gesticulant et en parlant à vive allure. Je ne comprends rien mais je réussi à lui laisser entendre que j’aimerai pouvoir m’habiller. Elle sort. J’enfile rapidement un short et un tee-shirt et me dirige vers le salon. Jeff et Adam sont là où on les a laissé hier soir. Sur le canapé en train de discuter tranquillement. Seule différence, une bouteille de vodka a remplacé les bières. Un peu alcoolisés, ils m’expliquent qu’ils ne comprennent rien à ce qui se passe. La femme de ménage leur fait signe de libérer les lieux en hurlant depuis son arrivée.  Il semblerait que leur nuit blanche à papoter et picoler ne soit pas très bien vue. Tout en hochant la tête de mécontentement elle branche l’aspirateur. Lorsqu’elle l’arrête enfin, c’est pour dire aux garçons qu’ils sont trop bruyants. La plupart des chambres donnant sur l’espace commun, elle frappe à toutes les portes pour demander aux résidents de confirmer que les deux étrangers font beaucoup trop de bruit. Personne ne comprend rien. Tout le monde dormait. Pour calmer la situation, les hommes partent finir leur bouteille et leur conversation dans la chambre où Katie finit de se préparer. Je repars me coucher pensant que l’affaire est réglée.

À peine rendormie, on entre à nouveau dans ma chambre sans prévenir. Un homme cette fois. À moitié nue, je lui hurle dessus et le met à la porte. Le respect de la vie privée et de l’intimité ne fait apparement pas partie de la culture Kazakh. Difficile de faire passer le message quand on ne parle pas la langue. Pas le choix, je me rhabille et le retrouve dans le couloir. Il me fait signe de le suivre. Devant la chambre de Katie et Jeff, le scénario se répète. Il frappe à la porte et actionne la poignée en même temps. Il pointe du doigt la bouteille de vodka et nous fait comprendre qu’il a appelé la police. Au même moment, la femme de ménage débarque pour dire à Katie que son bus est là.

Avec Kati et Jeff sur une plage paradisiaque au Kazakhstan.

Après son départ chaotique, tout s’enchaîne très vite. Police. Vérification des passeports. Boire de l’alcool dans un hotel est illégal. C’est écrit sur le règlement qu’on a signé en arrivant. Le formulaire à remplir était en anglais. Les règles de vie était en russe. On ne savait pas. Peu importe, ils les embarquent. Le téléphone de Jeff n’a plus de batterie mais il pense à me donner ses clés, le passeport d’Adam est parti par DHL pour le visa chinois mais il me laisse le téléphone. Malgré leur état d’ébriété avancée, il m’assurent que tout va bien se passer.

Me voilà plantée là, seule, avec quatre vélos, 24 sacoches, deux chambres d’hôtel à ranger et aucune idée de ce qui va se passer.

Et dire que Katie ne revient que demain matin. La merde. Je n’ai pas dormi grand chose. Je suis encore malade. Je me pose sur mon lit et réfléchit. Je finit par me décider à appeler l’ambassade britannique. “Oui je suis française mais mon mari lui est britannique. Il s’est fait embarqué avec son ami belge par la police Kazakh pour avoir bu de la vodka dans un hotel à Aqtau.” L’absurdité de la situation me fait sourire et l’ambassade me rassure. Ils vont sûrement leur faire payer une amende et les ramener. Ils me demandent malgré tout de les tenir au courant si je ne les vois pas revenir. Il ne me reste plus qu’à attendre. Pour passer le temps, je traduit les règles de vie de l’hotel. 20 lignes et deux heures plus tard, j’ai atteint celle qui m’intéressait, celle qui va nous coûter cher.

Il est midi. Après cinq longues heures d’attente, la voiture de police est enfin de retour. Seulement Jeff et Adam refusent de sortir. Ils ne bougeront pas tant que Jeff n’a pas récupéré son passeport. Leurs cris et leur obstination finit par lasser les policiers. Passeport récupéré. Pour autant l’affaire n’est pas réglée. Nous voilà désormais dans le bureau du directeur. C’est l’heure de payer l’addition. 40000 Tengue chacun (36€), c’est le prix de l’amende. Aucun procès verbal, aucun papier officiel, on peut payer en cash ou par carte bleue sur la machine de l’hotel. Au milieu des relents de vodka, ça sent la corruption à plein nez. On est tous les 3 d’accord, on ne payera pas. Personne ne se comprend mais tout le monde se hurle dessus. “Si vous ne payez pas, on vous met en prison pour une semaine”. Même Jeff dans sa tunique colorée finit par perdre son sang froid et menace d’appeler l’ambassade de Belgique.

Alors que je commence à me dire qu’il va falloir payer, la diplomatie britannique entre en jeux. Pantalon sale et délavé, tee-shirt troué et les yeux aussi rouges qu’un lapin albinos, Adam prend la parole avec un air solennel. “Pas de problème, on va payer. Par contre je veux porter plainte contre le directeur de l’hotel. Il est rentré dans la chambre de ma femme sans frapper alors qu’elle était nue.”

Silence.

Les jeux ont changé. On a gagné. Si on oublie l’affaire de harcèlement, ils oublient l’amende et nous laissent partir. Ils nous donnent une heure pour ranger les chambres et quitter l’hotel. Jeff rédige une note pour Katie qu’il laisse à la réception avec ses sacoches et son vélo.

La seule photo que nous avons prise d’Aqtau…

Hostel Microrayon 32. Changement d’ambiance, ici il y a la clim. On fait tous les trois la sieste quand le téléphone me réveille. C’est l’agence de voyage lyonnaise en charge de nos visas chinois. Le consulat vest nous voir en personne pour comprendre nos deux mois et demi en Turquie. Prendre un avion pour obtenir un visa qui nous éviterait de voler plus tard, ca n’a pas de sens. L’agence n’a aucun recours. Ils ne savaient pas qu’un séjour en Turquie pouvait poser problème. Ils nous avaient laisser entendre que ce n’était qu’une formalité. Il sont désolés. Ils vont nous renvoyer nos passeports sans visa. Gros coup dur pour le moral et 300€ de gaspillé en frais d’envoi. Heureusement qu’on a pas payé l’amende ce matin.

18h. Après tant d’émotions, c’est l’heure de se détendre. On se motive pour un bon repas partagé et les garçons en profite pour se remémorer leurs cinq heures au poste. La journée aurait pu se terminer comme ça. Elle faisait déjà partie de ces souvenirs qui deviennent de bonnes histoires à raconter. Seulement voilà, jamais deux sans trois comme on dit. Le troisième épisode de la série ne s’est pas fait attendre bien longtemps.

« Il manque un vélo. »

C’est la babouchka de l’auberge qui est montée dans la cuisine en courant. Je passe la tête par la fenêtre. Mon vélo a disparu. Je descend les marches quatre à quatre, ouvre la porte et la réalité m’envahit. On m’a volé mon vélo. Mes jambes m’abandonnent et j’éclate en sanglot. Je ne sais plus où je suis. Est-ce le ciel qui m’est tombé sur la tête ou le monde qui s’est écroulé sous mes pieds ?

Scène de crime.

Je me ressaisi rapidement. Tout n’est pas perdu. La vieille dame est réapparue au coin de la rue. Elle a vu le voleur. Elle nous mime l’action pour qu’on comprenne. Elle a réussi à le faire fuir en lui tapant dessus. Elle sait où est le vélo mais il faut faire vite. Un des résidents démarre sa voiture et me conduit sur les lieux du crime. Mon vélo est dans un triste état mais il est là. Le contenu des deux sacoches arrières est répandu sur le sol. Mon duvet, mon matelas, mon coussin, mon sac à dos, mes vêtements sales. Tout y est. La trousse à outil éventrée n’a pas permis au voleur de casser l’antivol qui attachait la roue au cadre. Il est parti sans rien.

Le mécano du coin qui a libéré la roue de l’antivol cassé.

Tout est bien qui finit bien. Alors que la nuit tombe, on part se coucher plus serein que jamais. À moins d’être vraiment malchanceux, ce 23 juillet 2017 restera dans nos mémoire comme la pire journée du voyage. En espérant qu’elle le reste.

PS: J’ai écrit cette histoire depuis mon point de vue (Noémie) mais je pense qu’il serait intéressant d’avoir la version des faits de Kati, Adam et Jeff (Que s’est-il passé pendant 4 heures au poste de police? Qu’a pensé Kati quand elle est revenue et n’a trouvé personne à l’hôtel?) Si vous êtes d’accord avec moi, laissez un commentaire et aidez-moi à les convaincre d’écrire leur journée !

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