Cycling gear

Cooking gear

Camping gear

Décisions décisions

Après dix neuf mois sur la route, nous avons atteint la Corée du Sud. Nous avons réussi à pédaler depuis Lincoln en Angleterre jusqu’à Almaty au Kazakhstan en prenant quelques ferrys, notamment :

Nous avons aussi pris le train depuis Aqtau (Kazakhstan) jusqu’à Nukus (Ouzbekistan) après avoir souffert de déshydratation et d’insolation en essayant à deux reprises de pédaler à travers le désert du Mangistau pendant une vague de chaleur.
Pendant un an, malgré ces nombreux trajets « motorisés », nous avons cru dur comme fer à notre résolution de ne pas prendre d’avion. Tout a changé le jour où la Chine nous a refusé notre visa.

 


Février 2014. Quelques mois seulement après notre rencontre aux Etats-Unis, nous voilà installés dans un camion au beau milieu de l’hiver Chamoniard. Comme c’est souvent le cas au retour d’un voyage, on a déjà envie de repartir. Alors quand Adam suggère « On pourrait retourner grimper au Yosemite ensemble » j’ai répondu « OK mais on y va en vélo sans prendre l’avion ». À partir de ce moment là, les soirées à imaginer un trajet s’enchaînent. On se voit déjà en train de pousser nos vélos sur la glace entre la Russie et l’Alaska. Notre imagination est sans limite « on pourrait peut être tracter des kayaks, comme ça on peut aussi mettre nos skis dedans ». Et puis un jour on se décide enfin à confronter nos rêves à la réalité. Main dans la main, nous partons consulter l’oracle Google à la médiathèque. Soudainement, tout paraît beaucoup plus compliqué.

Après mois deux mois difficiles à discuter des possibilités et à imaginer la suite sans le précieux sésame, nous avions trouvé un compromis. Nous allions prendre l’avion pour la Thaïlande, passer l’hiver à grimper en Asie du Sud-Est et revenir pédaler ce que nous avions survolé grâce au visa chinois que nous étions certains d’obtenir en Thaïlande. Ce plan était parfait. Cela nous permettrait d’être au Kyrgyzstan à la saison idéale pour une expédition d’escalade en haute montagne et de reprendre la route là où nous nous étions envolés. Oui, ce plan était vraiment parfait.

Première déception : le détroit de Béring est infranchissable. Entre la fonte des glaces et l’entente glaciale entre la Russie et les Etats-Unis, il nous fallait trouver un autre moyen de traverser le Pacifique. La solution semble être dans le bateau stop. Le français Olivier Peyre est à ce moment là proche de la fin de son tour du monde sans avion en combinant vélo et voilier. C’est donc possible. En regardant d’un peu plus près les routes maritimes, il serait peut être plus facile de commencer par descendre en Afrique pour rejoindre l’Amérique en traversant l’Atlantique. Au même moment, on tombe sur le livre d’Arnaud Petit, Parois de légende (merci la bibliothèque de Chamonix pour sa collection alpinisme inépuisable). Ex champion du monde d’escalade, guide de haute montagne et grimpeur passionné, il a tiré de ses nombreuses années de vagabondages vertical avec sa compagne Stéphanie Bodet un guide précis présentant la plupart des falaises les plus impressionnantes de la planète. Notre nouvelle bible semble alors nous conforter dans notre idée de base : le Maroc et l’Algérie recèlent des trésors montagneux peu explorés. En partant en Octobre 2016 vers le Sud, cela nous permettrait de passer l’hiver dans des températures acceptables. Deuxième déception : le Maroc et l’Algérie sont séparés par la plus longue frontière terrestre fermée du monde.

Nous avions tout prévu. Nous avons passé l’hiver à nous entraîner physiquement sur des falaises qui malgré leur charme ne correspondent pas totalement à ce que nous recherchons en escalade. Nous avons depensé une petite fortune en matériel nécessaire pour s’engager sur des big walls (des falaises de plusieurs centaines de mètres requierant plusieurs jours d’ascension), dont un porta ledge à 700€ (une plateforme a suspendre contre une falaise pour pouvoir y dormir), une deuxieme corde, un sac de hissage. Nous avions contacté une agence à Bishkek pour les permis et les porteurs, nous avions rassemblé toutes les info nécessaires : topos, cartes, contacts de grimpeur connaissant la zone. On avait même écrit un document détaillant notre projet que vous pouvez encore lire ici. Tout était parfaitement ficelé, nous avions tout prévu. À un détail prêt.

Retour à la case départ. Laisse tomber l’Afrique, autant commencer par l’Europe et remettre les casse tête administratifs à plus tard. Si l’idée du bateau stop ne marche pas, nous avons trouvé une compagnie de transport maritime qui prend des passagers depuis Shanghai en Chine vers Vancouver au Canada. Et puis après tout en octobre ce n’est que l’automne et nous atteindront rapidement la Croatie puis la Grèce où l’hiver n’en est pas vraiment un.

Mars 2018. Nous profitons de la visite de nos parents en Thaïlande pour régler ce que nous pensions être une simple formalité. La dernière pièce du puzzle manquant à notre plan des 6 prochains mois. Le visa chinois. Pour l’occasion, nous nous achetons des vêtements neufs plus présentables que nos tee-shirt et nos pantalons délavés, puants et troués. Nous passons des heures à remplir les formulaires, à réserver des trains et des hôtels pour avoir l’air de vrai touristes qui voyagent de façon acceptable aux yeux des autorités chinoises. Nous prenons un taxi jusqu’à l’ambassade pour éviter d’arriver tout transpirant. Fermé. Le 1er mars est un jour férié en Thaïlande. Bien sûr, nous n’étions pas au courant. 2 mars, cette fois c’est la bonne. Adam, rasé de près, cheveux coupés, en chemise et pantalon propre se lève. Il part s’assoir confiant au guichet numéro 35 et tend son dossier avec un sourire.

Malgré de nombreuses interrogations, nous n’avons plus envie de changer de plan. Le 20 septembre 2016, nous démarrons le moteur de notre maison sur roue le coeur lourd. C’est l’heure des aurevoirs. Chamonix nous avait tellement bien accueilli. Deux semaines à Bourgoin chez mes parents, deux jours à conduire avec les vélos dans le coffre, deux semaines à Cameringham chez les parents à Adam. Le van n’est plus le notre. Il ne reste plus que la route.

En face de lui, l’ignorance. Les pages se tournent, son passeport est étudié, chaque tampon méticuleusement scruté. Des sourires en coin, des hochements de tête, des froncements de sourcil. Quand les yeux se lèvent, ils n’expriment qu’incrédulité et désapprobation. On lui tend un stylo pour qu’il écrive une lettre expliquant son séjour au Tajikstan et en Ouzbekistan. On lui demande son adresse mail et lui conseille de vérifier ses courriels régulièrement. Pour moi, c’est expédié en deux minutes. Pas forcément meilleur signe. 3 mars 2018. 20 heures. Panique à bord. L’ambassade a besoin de toute urgence d’une troisième lettre détaillant notre séjour en Turquie et en Ouzbekistan. Seulement pour Adam. De mon côté pas de nouvelles.

Le jour du grand jour, j’oublie mon passeport. Trois jours en Angleterre, une traversée en ferry, dix jours aux Pays-Bas. Des curieux nous demandent où l’on va. « America ». Regards incrédules.

6 mars 2018, sur la boîte mail d’Adam « Nous avons besoin de garder votre passeport pendant un mois pour étudier votre demande ».

Les feuilles jaunissent, les arbres se déshabillent, les journées raccourcissent. Il fait encore bon, le soleil nous accompagne.

7 mars 2018, sur ma boîte mail « Nous avons besoin de garder votre passeport pendant un mois pour étudier votre demande ».

5 novembre 2016. L’hiver est arrivé en Allemagne en même temps que nous. Le vent, la pluie, le froid, la neige. Pendant plus d’un mois on touche le fond. Adam propose de prendre un train, je refuse de renoncer aussi tôt. Disputes, perte de poids, dépenses imprévues pour lutter contre le froid. 15 décembre. On atteint la côte adriatique avec un mois de retard. L’hiver nous a coûté cher.

Nous n’avons plus que 25 jours sur notre visa thaïlandais et ils le savent. Lorsque je pars récupérer nos passeports, je fais face à un nouveau mur d’indifférence. Ils m’expliquent que non, nous ne sommes pas refusés. Nous pouvons refaire une demande dans un autre pays sans avoir à cocher la case « visa refusé par le passé. »

L’hiver nous à coûté cher. Il nous a aussi beaucoup appris. Faire des plans c’est important. S’y tenir à tout prix peut mener face au mur. À partir de là tout se déroule sans accrocs. Croatie, Monténégro, Albanie, Grèce, Turquie, Georgie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbekistan, Tajikistan, Kyrgyzstan. Des îles, des montagnes, des falaises, des canyons, des déserts. On prend les épreuves une par une, on ne fait jamais de plan plus de quelques mois à l’avance. Pendant un an, nous croyons dur comme fer à notre résolution de ne pas prendre d’avion. Tout change le jour où la Chine nous refuse notre visa.

Comme la première fois, la Chine ne nous refusait pas vraiment le visa. Ils nous demandaient juste quelque chose que nous ne pouvions pas leur fournir. Retour à la phase discussion et compromis. C’était trop bête d’abandonner notre idée d’expédition Kyrgyz. Pédaler sur des pistes sauvages pour atteindre les big wall d’une vallée reculée avant de boucler notre traversée terrestre de l’Eurasie. Ça nous faisait trop rêver pour renoncer. Notre dernière espoir était la Russie. Pour parfaire notre entraînement et nous remettre à l’escalade traditionnelle en douceur, nous nous étions envolé vers la Corée d’où nous pensions demander le visa russe. Oui mais non. Quand ça veut pas, ça veut pas. Les citoyens britanniques doivent faire leur demande de visa Russe dans leur pays. Sans visa russe, sans porte de sortie vers l’Est, notre expédition perdait tout son sens. Prendre un avion pour y aller, prendre un avion pour en repartir. Non, ce n’est pas ce que nous voulions.

Moi, obsédée par l’idée de ne pas prendre l’avion « On pourrait passer l’hiver au Kyrghyzstan et retenter le visa chinois pour pédaler au printemps » Adam, en train de devenir fou après six mois sans escalade «On pourrait grimper en Asie du Sud-Est tout l’hiver ». Le souvenir de ce vol que j’avais pris au Mexique me hante toujours. Après avoir pédalé du Canada jusqu’à la pointe de la Basse Californie, j’avais cassé mon voyage en deux pour respecter les délais que je m’étais imposés. Je l’avais tellement mal vécu. Je ne voulais pas répété la même erreur. En même temps cette fois on était deux et on etait face à un cul de sac. Prendre l’avion pour continuer le voyage ou s’arrêter et patienter. Après tout l’hiver en Thaïlande, c’est certainement une bien meilleure idée que d’attendre à Bishkek un visa qui ne viendra peut être jamais. « D’accord on s’envole pour la Thaïlande mais on revient l’été prochain pour pédaler ce qu’on a survolé. » « D’accord et en même temps on va grimper dans la vallée de Karavshin ». Ce plan était parfait.

Il nous faut un nouveau plan. C’est sur qu’on abandonne l’idée du Kyrgyzstan ? Maintenant qu’on est en Corée on fait quoi ? On va au Japon ? Il n’y a pas de big wall au Japon. Avec l’argent qu’il nous reste, on peut peut être tenir encore dix mois mais après faut qu’on travaille. Où ? Comment ? Avec quel visa ? On est sur les listes d’attente pour le visa de travail canadien depuis six mois et toujours rien. Autant ne pas compter dessus. On trouvera une solution d’ici là. Pour l’instant on a acheté le porta ledge, on a tellement envie de grandes aventures verticales. « Tu te souviens au début du voyage quand les gens nous demandaient où on allait ? On répondait America. Pourquoi on y va pas maintenant ? »

Ce plan était parfait mais ce n’est pas le bon moment. On ne l’oublie pas, on le garde dans un coin de nos têtes pour un autre jour.

À nous les dalles de Squamish, les pistes de l’Oregon, les fissures du Yosemite, les déserts californiens et les blocs de Joshua Tree. America, nous voilà !


Demain mercredi 13 juin 2018, nous prenons un avion pour Vancouver depuis Busan en espérant que le chemin sera sans encombre. Pourquoi s’inquiéter me direz-vous ?
1ère raison. À 24h de l’enregistrement nous sommes sous la tente dans un camping à 8km de l’aéroport. Cela fait trois jours qu’il pleut et nous n’avons pas de cartons pour nos vélos ni commencé à préparer nos bagages.
2ème raison. Nous avons une escale de 10 heures à Pékin et la Chine n’ayant pas voulu nous donner le visa à deux reprises pourrait ne pas nous accepter à cause de nos tampons turques. Plusieurs personnes se sont vues refusés l’entrée malgré leur billet vers une autre destination.
3ème raison. Entre le moment où nous avons acheté les billets et aujourd’hui, Adam a été tiré au sort pour le visa de travail canadien. Super nouvelle qui tombe au mauvais moment. Son dossier est en cours d’étude et il devrait recevoir la réponse d’ici un mois. Sauf qu’il n’est pas censé rentré sur le territoire canadien pendant que son dossier est étudié. La encore, des personnes dans la même situation se sont vues renvoyés dans leur pays, d’autres ont pu rester. Nous avons préparé tous les documents prouvant que nous ne voulons pas travailler pour le moment mais juste continuer à voyager.

On croise les doigts.

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