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Big wall : késako ?

Lorsque que nous nous sommes rencontrés au Yosemite en octobre 2014, Adam grimpait des big wall avec son ami Ed. Je les avais accompagné à la base d’El Capitan quelques jours avant leur ascension du Nose. J’avais beau les avoir vu se préparer, je n’avais alors aucune idée de toute la logistique derrière une telle entreprise. Bien que faisant de l’escalade depuis mon enfance, je n’aurai jamais imaginé me retrouver embarquée dans une telle aventure. Et pourtant !

En octobre 2018, après près de 20000 kilomètres à vélo et deux ans sur la route, nous étions de retour au Yosemite prêts à nous mesurer aux géants de granit de la vallée mythique. Avant de vous raconter nos mésaventures verticales, nous avons penser bon d’écrire un article expliquant ce qu’est un big wall et en quoi consiste une ascension de ce genre. Comme toute discipline, l’escalade a un vocabulaire spécifique qui rend sa compréhension difficile, nous avons donc essayer de simplifier les explications au maximum. N’hésitez pas à nous poser des questions si vous n’avez pas compris quelque chose.


Vallée du Yosemite. Washington Column à gauche et Half Dome à droite


C’est quoi un big wall ?

Un big wall c’est une falaise dont l’ascension nécessite plusieurs jours, du fait de sa hauteur et/ou de sa difficulté. Pour autant, le niveau de certains grimpeurs leur permet de gravir ces parois en moins d’une journée. Le big wall le plus renommé et le plus couru au monde, El Capitan, domine la vallée du Yosemite avec ses 1000 mètres de granit vertical. La plupart de ceux qui s’engagent dans la voie célèbre voie du Nose sur le nez du monolithe y passent entre trois et cinq jours. Il est intéressant de noter que la première équipe d’ascension dirigée par Warren Harding a mis 46 jours répartis sur 16 mois, une expédition tellement longue qu’ils ont même hisser une dinde sur une vire pour ne pas rater le traditionnel dîner de thanksgiving. Dans un style complètement différent, Alex Honnold et Tommy Caldwell ont établi un nouveau record de vitesse sur le Nose en 2018 en atteignant le sommet en 1h58m. Si vous voulez en savoir plus sur cette performance, voici un très bon article grand public de National Geographic.


Adam au pied d’El Capitan


Dans tous les cas, passer plusieurs jours en paroi signifie qu’il faut gérer bien plus que juste le matos d’escalade. Il faut prévoir de quoi dormir ainsi que suffisamment d’eau et de nourriture. Le poids de tout cet équipement étant trop lourd pour être trimballé dans un sac à dos, apprendre des techniques de hissage de sac est indispensable. Le point positif étant que le/les sacs s’allègent au fur et à mesure qu’on s’élève. Le point négatif reste qu’on ne se retient pas d’aller aux toilettes pendant trois jours et qu’on ne peut pas laisser ça pour les suivants…


Préparation du matériel avant un big wall


La difficulté peut être très différente d’une longueur à l’autre. L’escalade atteint parfois des niveaux hors de notre portée et cela devient impossible de grimper “en libre” juste à l’aide de nos pieds et de nos mains. Il nous faut alors utiliser des technique dites d’”escalade artificielle”. L’idée est de placer des crochets en métal dans des fissures pour y accrocher des échelles en sangle qui servent à s’élever. La progression devient beaucoup plus lente, puisqu’il faut trouver des points d’ancrage régulier pour les échelles. Le défi reste physique, surtout lorsque la paroi est déversante ou lorsque l’on suit une fissure en coin qui peut être très inconfortable. L’escalade artificielle requiert aussi de faire preuve d’inventivité, d’une concentration à toute épreuve et d’un mental solide. À la différence de l’escalade libre, on perd le ressenti de nos doigts ou de nos pieds contre le rocher pour nous indiquer si une position est tenable. On fait entièrement confiance au métal et à la solidité du caillou. Sur les sections les plus difficiles et engagées, on perd toute notion du temps et la tension est quasi permanente. Là où 20 minutes de grimpe en libre suffirait pour une longueur de 50 mètres certains passent jusqu’à plus de cinq heures pour parcourir la même distance en artificielle.


Noémie en escalade artificielle dans le Kor Roof, Washington Column


Enfin, pour se repérer dans cet océan de rocher et savoir ce qui nous attend, nous nous appuyons sur une carte détaillée de la paroi appelé topo. Le topo inclut des indications de difficulté, la longueur de corde nécessaire, l’emplacement des relais (les points d’ancrage solides qui marquent la fin d’une longueur et le début d’une autre) et les possibilités de bivouac. En général, chaque fois que nous partons pour une voie d’escalade de plusieurs longueurs, nous faisons une photocopie du topo pour n’emmener que la page qui nous intéresse. Nous avons donc chacun un topo dans notre poche et aucune raison de nous tromper de chemin…


Topo du Nose


Comment ça marche concrètement sur un big wall ?

Première étape : Le premier de cordée s’élance à l’assaut d’une longueur. Il accroche tout le matériel dont il a besoin à son baudrier. Pendant tout le temps qu’il grimpe, il est relié au second qui l’assure en cas de chute. Une fois qu’il a atteint la fin de la longueur, il se sécurise au relais et annonce à son compagnon qu’il n’a plus besoin d’être assuré. On dit qu’il est “vaché” ou “safe” en anglais. Adam et moi utilisons un mix de mots anglais et français pour notre communication en falaise. “Vaché” est un de ceux que nous disons en français parce qu’il se distingue bien d’autres mots lorsque des bruits parasites rendent la communication compliquée.

Deuxième étape : La mission est maintenant de hisser le/les sacs jusqu’au relais. Après avoir installé la corde de hissage dans le système de poulie, le grimpeur de tête annonce à son compagnon qu’il est prêt à hisser. Le second peut alors décrocher le/les sacs, on dit qu’il les “libère”.


Hissage du sac au pied de Liberty Cap


Troisième étape : La corde utilisée par le grimpeur de tête ayant été fixée, attachée à un point fixe, le second peut maintenant y installer son matériel d’ascension sur corde appelé jumars. Il va alors se hisser sur cette corde fixe, tout en récupérant les protections placées par le premier. Il est aussi là au cas où le/les sac se retrouvent bloqué/s par des obstacles.

Quatrième étape : Les deux grimpeurs sont maintenant ensemble au relais. En fonction du système choisi par la cordée, les grimpeurs peuvent ou non inverser les rôles et répéter le même procédé jusqu’à la fin de la journée.

Cinquième étape : Le soleil se rapproche de l’horizon et la fatigue se fait sentir. C’est l’heure d’installer le bivouac. Plusieurs possibilités. Certains choisissent de ne compter que sur les vires naturelles de la falaise pour passer la nuit. Cela signifie que si la cordée est allée plus lentement que prévu, elle est obligée de continuer à grimper de nuit jusqu’à atteindre l’endroit approprié. D’autres emmènent un portaledge. Il s’agit d’une plateforme ressemblant à un lit de camp qu’il est possible de suspendre à peu près n’importe où sur une falaise. Une fois le campement installé, le matériel rangé et organisé, c’est le moment de manger, boire, aller au petit coin et dormir.


Nuit en portaledge sur Liberty Cap


 

Vous avez tout compris ? Tant mieux, maintenant on va pouvoir vous raconter ce qui s’est passé sur les trois big wall que nous avons entrepris pendant nos deux mois au Yosemite : les faces sud de Liberty Cap, Washington Column et Mont Watkins.

Si cet article vous a donné envie d’en savoir plus, il existe de nombreux films d’aventures verticales très bien montés avec des images à couper le souffle. Voici une sélection de nos préférés : 

  • Valley uprising, un film documentaire (en anglais) qui retrace l’histoire de l’escalade au Yosemite. Vous pouvez soit payer pour le streamer sur Youtube, ou bien le voir sur Netflix si vous êtes abonnés. 
  • Dodo’s delight, un film racontant l’histoire d’une équipe de belges déjantés qui embarquent à bord d’un voilier pour aller grimper des big walls au Groenland. Ils parlent un mix de français et d’anglais et la deuxième partie du film est disponible sur le même site.
  • Autana, un film (en anglais) racontant une expédition hors du commun dans la jungle amazonienne où les grimpeurs doivent se soumettre à un rite ancestral pour être autorisés à grimper une montagne sacrée. 
  • Free solo, le film qui vient juste de gagner l’oscar du meilleur documentaire retraçant le parcours et la préparation d’Alex Honnold qui a grimpé El Capitan en solo intégrale (sans corde). 
  • Et tellement d’autres…

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