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Un jour en Ouzbekistan

4h : Réveil difficile
Suite à notre coup de chaleur dans le désert Kazakh du Mangistau, nous avons pris la difficile décision d’éviter une deuxième traversée désertique catastrophique. Nous parcourons donc les 500 kilomètres entre Beyneu au Kazakhstan et Nukus en Ouzbékistan par le rail. Ce qui signifie que les formalités de passage de frontière se font à bord du train. Départ à 3 heures du matin, arrivée prévue à 17 heures. Il est 4 heures. Épuisés, nous venons à peine de nous endormir sur nos couchettes, bercés par le bruit du wagon. Bruits de bottes, chien qui aboie et lampe torche pointée dans notre direction. « Passeports ». Premier contrôle rapide. Nos visages correspondent aux photos et nos visas Ouzbeques sont bien valides. Ouf. On se rendort. Deuxième visite. Cette fois on nous secoue par l’épaule. « Déclaration » On nous tend une feuille de papier à remplir, seulement les instructions sont en russe. « English ? » L’homme repart en nous promettant de nous ramener les formulaires en anglais. On se rendort. Troisième passage. « Medicine ? » Je me lève un peu chancelante, sors la trousse de secours, la montre aux militaires. « OK. Declaration ? ». Vu notre fatigue et notre niveau de russe, il nous faut 5 minutes pour expliquer qu’on attend les formulaires en anglais. « OK, I come back ». Quelques instants plus tard, on sort nos stylos en se frottant les yeux. Questions sommes toutes banales, sauf le petit tableau à remplir en indiquant la quantité d’argent liquide que l’on transporte. On sort le porte monnaie. Tengue kazaks, som ouzbèques, dollars américains et quelques restes de lari géorgien et de manat azerbaïdjanais. Tout est en règle, nos passeports sont finalement tamponnés. Bienvenu en Ouzbekistan!

6h : Campement de cotonnier
Nous nous levons avec le soleil pour profiter des quelques heures de relative fraicheur matinale. Autour de nous, des champs de coton à perte de vue. Nous sommes dans la vallée agricole qui s’étend entre Nukus et Khiva le long de l’Amou-Daria. Ce fleuve qui prend sa source dans les hautes montagnes Afghanes était l’un des deux affluents majeurs de la mer d’Aral. Dans les années 1960, les économistes soviétiques décidèrent d’intensifier la culture du coton dans la région. La plante, très gourmande en eau, nécessita de grands travaux d’irrigation réduisant grandement le débit de la rivière et diminuant de 75% la surface de la mer d’Aral. Triste réalité, malgré la joie des enfants qui se baignent bruyamment dans les canaux.

7h : La poussière de Khiva
Alors qu’Adam dort profondément, je m’éclipse discrètement pour une visite matinale de Khiva. Cité spécialisée dans le commerce des esclaves à l’époque des caravanes de la route de la soie, elle attire aujourd’hui de nombreux touristes. À cette heure-ci, les ruelles sont désertes. Ou presque. Devant la plupart des maisons en terre, des pères de famille et leurs enfants finissent leur nuit surdes plateformes en bois surmontées de moustiquaires et garnies de matelas traditionnels.

 

Pendant ce temps, les femmes s’activent. Comme tous les matins, vêtues de leurs habits colorés, elles balaient le sol poussiéreux avant de l’asperger à coup de seau dans une tentative désespérée d’empêcher le vent de jouer avec le sable.Gilles et Danielle, un couple de français qui réalise un reportage sur la vie des femmes en Ouzbékistan nous expliquera un peu plus tard que la capacité de se lever aux aurores pour faire le ménage est un des critères essentiels à l’heure de choisir une épouse.

 

9h : Un souvenir original
Un stand de souvenirs retient Adam. Il est en admiration devant des jeux d’échecs peints à la main. Depuis le temps qu’il essaye de me convaincre d’apprendre à jouer, voilà qu’il a trouvé la parade. Ces boîtes et leurs pièces uniques en bois sont de vrais œuvres d’art. Difficile de ne pas se laisser prendre au jeux. A-t-on vraiment la place ? Depuis que nous avons abandonné notre corde d’escalade en Turquie, nos sacoches ne sont plus si pleines. Vendus. Nous voilà donc chargés de 600g en plus.

10h : Le secret des check point militaires
Nous pédalons depuis deux heures lorsque nous atteignons un des nombreux check point militaire. Presque à chaque fois, nous devons présenter nos passeports et nos tickets d’enregistrement. Alors qu’on attend notre tour derrière un camion de livraison, nous assistons à une scène inattendue. Pour éviter tout problème, les locaux semblent avoir pris l’habitude de glisser deux billets de 1000 Som dans leur passeport. Au moment du contrôle, l’homme à l’uniforme ouvre la première page, se saisit de son butin, le met discrètement dans sa poche avant de rendre le passeport sans même l’avoir regardé. Rien de surprenant lorsque l’on sait que l’Ouzbékistan est 187ème sur 204 en termes de corruption selon la Banque Mondiale.

11h : Pause chaikhana
Dans le désert rouge qui sépare Khiva de Bukhara, les températures atteignent des niveaux insupportables. Il est l’heure de poser le pied à terre, de garer les vélos à l’ombre, de s’allonger sur une des plateformes à coussin d’une chaikhana (maison de thé) traditionnelle et de sortir notre jeu d’échecs. Une des conséquences inattendues de notre nouveau passe-temps est l’attraction que cela génère autour de nous. En quelques minutes, plusieurs hommes se bousculent pour jouer avec Adam. À l’époque soviétique, le jeu d’échec était considéré comme “sport intellectuel national” et une fédération était même chargée de promouvoir son développement. Pas besoin de parler la même langue pour passer un bon moment ensemble. Tout passe par le regard !

16h : L’addition surprise
Après une bonne sieste, un repas basic et d’innombrables parties d’échec dans la chaikhana du jour, il est l’heure de payer l’addition et de reprendre la route sous des températures plus acceptables. Depuis notre arrivée en Asie Centrale, nous avons pris l’habitude de toujours demander le prix avant de commander un plat ou une boisson. Nous pouvons donc faire le calcul et détecter toute anomalie.Ce jour là, on nous avait annoncé 7000 som par soupe, 2000 som pour le pain et 1000 som pour le thé.

Logiquement, nous devrions donc payer 17 000 som. Lorsque nous demandons l’addition, on nous annonce une facture de 50 000 som (un peu plus de 5€). C’est sur ce n’est pas grande chose mais c’est quand même trois fois le prix initial. Le ton monte rapidement, le montant à payer diminue lentement et nous finissons par perdre patience.Nous laissons donc 20 000 som sur la table et partons. Peu importe. À nous le plaisir de pédaler dans le désert au coucher du soleil, la joie des rencontres impromptues avec les chameaux, le luxe de pouvoir poser la tente n’importe où dans la vaste étendue de sable.

 

 

17h : Échec à Bukhara

Alors qu’on profite de la fraicheur de fin de journée pour visiter l’incroyable Bukhara, nous tombons sur un artisan fabricant des jeux d’échec de A à Z. Encore plus authentique que celui que nous avions acheté à Khiva, et autrement plus beau. Que faire? La question ne se pose pas très longtemps. Impossible de résister. Seulement nous n’avons plus assez d’argent local. Pour changer nos dollars en som, le plus avantageux est de le faire au marché noir. Le vendeur de jeux d’échec nous met en contact avec le “meilleur échangeur” de la ville. Nous le retrouvons quelques rues plus loin. Son sac de sport rempli de billets, il nous propose un taux de 9000 som contre 1 euros alors qu’une banque nous en aurait donné environ 4500. Affaire vite réglée, nous rentrons à l’hôtel avec la ferme intention de passer la soirée à profiter de notre nouveau jouet.
Une question reste en suspens. Que faire de notre premier jeux d’échec? Commencer une collection? Pas très pratique à vélo, d’autant plus qu’on se dirige vers les hautes montagnes du Pamir et qu’il serait avisé d’y aller le plus léger possible! Nous pensons alors à Malikja. En 4 jours ici, le fils de l’hotelier a passé de nombreuses heures avec nous. Il m’a aidé à changer mon rayon cassé, il a longuement étudié notre carte d’Asie Centrale et notre globe gonflable et il n’a cessé de réclamer le jeu d’échec pour jouer contre Adam qui lui a patiemment expliqué les règles. Nous lui remettrons donc le lendemain matin, certains d’avoir pris la bonne décision face à ses yeux brillants d’émotion.

18h : Pénurie de pétrole
Nous allons bientôt nous arrêter pour camper mais nous n’avons plus de pétrole pour cuisiner. Il est l’heure de faire le plein et ce n’est pas gagné. Les stations essence que nous voyons vendent du gaz mais pas de pétrole. Résultat de l’indépendance énergétique voulue par le gouvernement, la pénurie de carburant liquide est quasi-permanente. La grande majorité des mini-bus roulent au gaz et ceux qui n’ont pas cette chance doivent s’approvisionner au marché noir. Pour cela, il suffit de repérer les bouteilles en plastique remplies d’un liquide jaune le long de la route, passer le portail de la maison souvent abandonnée située non loin de là, négocier un prix, remplir notre réservoir au jerricane et repartir avant que la police ne débarque.

20h : Enregistrement obligatoire
Nous arrivons à Boysun alors que l’obscurité s’installe. Ce soir il nous faut absolument trouver un hôtel pour éviter tout problème à la frontière. En effet, les touristes visitant le pays sont soumis à une obligation d’enregistrement quotidien. En tant que voyageurs nomades itinérants, nous sommes officieusement autorisés à passer 3 nuits sans nous présenter dans un hôtel. Après 4 nuits en camping sauvage, nous avons besoin d’ajouter un petit coupon à notre collection.

2h du mat : La fin du monde
Alors que nous dormons dans le désert loin de tout signe de vie, nous nous réveillons au son d’une explosion qui nous transperce les tympans pendant 15 minutes. Tout ce que l’on voit, c’est une flamme de 20m émergeant de nulle part et dégageant un nuage noir qui engloutit la pleine lune. Mauvais rêve ou industrie de raffinage ouzbek ? Nous ne le saurons jamais – nous n’avons toujours pas trouvé la réponse.

 

Nous avions passé 19 jours en Ouzbékistan, du 3 au 22 août dernier. De tous les Stan que nous avons traversé, notre rapide immersion dans le monde Ouzbèque est celle qui nous a le plus surprise, choquée, perturbée, remise en question. Une expérience colorée dans des paysages dramatiques et des villes historiques grandioses (voir les photos ici). Un pays fascinant où la vie n’a pas l’air rose tous les jours mais où la bienveillance des habitants est omniprésente malgré leur tendance naturel à vous facturer le double du prix normal. 

 

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