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Camping gear

365ème jour, juste un autre jour

Jour nº364

Le blizzard nous avait rattrapé alors que nous atteignions le sommet du col Alabel. La neige s’était abattue sur nous au moment où nous nous préparions à descendre. La tempête avait soudainement réduit notre vision à quelques mètres et le vent glacé essayait de nous faire remonter la pente. Au fur et à mesure que nous perdions de l’altitude, la température de l’air augmentait et les flocons de neige se transformaient en grêle fouettante puis en grosses gouttes de pluie.

À vélo, les vêtements imperméables sont rarement à la hauteur. Les rafales de vent et les projections des véhicules ruinent l’étanchéité de toutes les fermetures éclair et coutures soudées. Alors que les températures s’approchaient de zéro, que le brouillard s’épaississait et que nos vêtements trempés ne cessaient de s’alourdir, nous nous étions arrêtés à l’abri pour réfléchir. Nous devions absolument être à Bishkek le lendemain soir, mes parents atterrissant à six heures le matin suivant. Il nous restait un peu plus de 150 kilomètres à parcourir, 1000m de dénivelé en 15 kilomètres et une éclaircie était annoncée demain en début d’après-midi. Si nous réussissions à sécher et à nous réchauffer, nous pourrions sans doute pédaler jusqu’au bout en un jour. Non loin d’ici, un chalet de montagne finissait de nous convaincre. 15 heures. Notre équipement se bouscule sur le radiateur pendant que nous dégustons un thé brûlant et nous préparons mentalement pour le lendemain, bien déterminés à partir aux aurores pour une longue journée de vélo.

Jour nº365

Ambiance détendue, chaleur agréable, lits confortables. Tout était là pour nous faire oublier nos bonnes résolutions. Il est 10h30 lorsque nous enfourchons nos vélos. Nous avons l’impression de nous être résignés à l’échec. Rapidement cependant, chaque kilomètre parcouru nous redonne confiance. À -3ºC, les flocons glissent sur nous plutôt que d’imprégner nos vêtements. L’effort de la montée nous réchauffe et nous nous sentons bien. À mi-parcours, nous remarquons un vieux camion citerne qui se dirige lentement vers le sommet. Accélération rapide, bras tendus, nous voilà passagers clandestins. Il nous faudra plus d’1h10 pour couvrir les 7 km suivants avec vue sur le réservoir. Nos bras fatigués nous obligent à pédaler en continue pour les soulager. Avec le recul, nous ne sommes pas sûrs que cette escapade nous ai fait gagné du temps.

En arrivant au col, nous sommes confrontés à un deuxième obstacle. Un tunnel infâme de 3 km, sans ventilation, sans éclairage et avec un traffic dense. Le feu rouge permet tout juste aux voitures, camions et minibus de traverser avant que la circulation ne démarre de l’autre côté. Peu enthousiastes à l’idée de nous étouffer dans le noir tout en faisant face à la circulation infernale, nous choisissons de faire du stop pour traverser la montagne. Nous tentons notre chance auprès des camions garés devant l’entrée. Après quelques refus, un chauffeur sympathique nous montre sa remorque vide. Nous chargeons nos vélos et nous installons dans la cabine avec notre nouvel ami. Le voyage à travers le tunnel nous donne juste assez de temps pour de courtes présentations et une dégustation de chocolat.

Du côté sud du tunnel, nous avons laissé un paysage enchanteur. Le soleil commençait à percer à travers les nuages, les montagnes enneigées brillaient de sérénité et les températures étaient redevenues agréables. De l’autre côté, un autre monde nous accueille. Le vent est d’une telle force que même les énormes poids lourds semblent prêts à s’envoler. Les bourrasques soulèvent la neige par plaques et fait disparaitre la route sous nos yeux. De nouveau seuls face aux éléments, nous marchons à côté de nos montures jusqu’à atteindre un endroit plus raisonnable pour pédaler.

Ralentis par ces conditions difficiles, les véhicules s’accumulent les uns derrière les autre. La circulation serpente lentement sur le flanc de la montagne dans un fouillis chaotique. Camions en panne, voitures coincées, convoi de police hurlant des consignes de sécurité en zigzagant dangereusement d’un côté à l’autre. Nous nous frayons un chemin comme nous pouvons en dérapant comme des skieurs débutants jusqu’à atteindre le tarmac. Nos regards se perdent alors dans le canyon sans fin qui se déroule à perte de vue. Le revêtement défoncé nous rappelle vite à l’ordre. Une attention de chaque instant est nécessaire si on ne veut pas se faire éjecter de nos vélos. Alors que les conditions de circulation s’améliorent et que nous commençons à pleinement profiter de la vitesse, le pneu arrière de Noémie se dégonfle rapidement. Après une rapide réparation, nous arrivons à Kara-Balta, une ville animée nichée entre des montagnes illuminées par le soleil couchant. Il est l’heure de manger pour pouvoir mieux repartir.

19h30. Il reste 60 kilomètres. Nous sommes maintenant dans le fond de vallée. C’est tout plat jusqu’à Bichkek mais le défi n’est pas fini. Les routes non marquées deviennent floues alors que l’obscurité s’installe. L’atmosphère est soudain très différente. Nous luttons pour rester sur la bonne voie en essayant d’éviter les camions d’un côté et les nids de poule de l’autre. L’infinie banlieue de la capitale Kirghiz nous encercle dans l’obscurité seulement ponctuée d’insignes en néon et d’une intense fatigue. Les heures passent lentement, les kilomètres s’éternisent. Il est minuit et demi lorsque nous arrivons à l’hôtel réservé pour le lendemain. Nous nous présentons donc très en avance mais très tard pour un repos bien mérité.

154 kilomètres, 1000 mètres de dénivelé, 9h30 sur la selle, une tempête de neige, 1h10 tractés par un camion, un tunnel traversé en autostop, une crevaison. Notre 365ème jour sur la route aura été le plus dur de l’année. Une année de nomadisme, de souvenirs, d’anecdotes. Chaque jour est différent, plein de bonnes ou de mauvaises surprises. Rien n’est figé, tout peut changer. La terre tourne et nous pédalons autour à contre sens avec une seule envie : vivre intensément chaque moment.

Pour célébrer notre premier anniversaire de vie sur la route, nous avons compilé les photos de chaque campement pour faire un ‘tentlapse’ – et voilà notre année de camping en une minute.

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